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Quand l’État tourne le dos au monde agricole

Cela fait plus de deux ans que la colère agricole monte en France. Deux ans de mobilisations, d’alertes, de signaux faibles devenus cris d’alarme. Deux ans durant lesquels les agriculteurs expliquent, répètent, préviennent : le modèle agricole français est à bout de souffle.


Cette colère n’est pas soudaine. Elle est rationnelle, construite, documentée.

Et pourtant, elle continue d’être traitée comme un problème à contenir plutôt qu’un message à entendre.


Au cœur de cette crise, l’accord UE–Mercosur est devenu un symbole absolu.Non pas un simple accord commercial, mais l’incarnation d’un choix politique : celui de sacrifier les agriculteurs européens sur l’autel d’un libre-échange déconnecté des réalités du terrain.


Deux ans de colère agricole, deux ans d’aveuglement politique


Depuis deux ans, les agriculteurs dénoncent :

  • une concurrence déloyale,

  • des normes européennes toujours plus strictes,

  • des importations qui ne respectent pas ces mêmes exigences,

  • et un sentiment d’abandon total des territoires ruraux.


Le Mercosur concentre toutes ces fractures.Il oppose des producteurs soumis à des règles sanitaires, environnementales et sociales exigeantes à des produits importés qui n’y sont pas soumis.

Ce n’est pas un débat idéologique. C’est une question de survie économique.


Face à cette situation, le 4 septembre dernier, j’ai adressée un courrier

à Emmanuel Macron, Président de la République.

J’ai demandé que la France saisisse la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) sur l’accord Mercosur.


Cette demande était :

  • juridiquement fondée,

  • politiquement cohérente,

  • et pleinement justifiée par la gravité de la crise agricole.


La France avait la capacité d’agir. Elle pouvait saisir la CJUE pour vérifier la compatibilité de cet accord avec les traités européens, la protection de l’agriculture et le principe d’égalité des normes.


Je n’ai reçu aucune réponse à ce jour.


Ni réponse .Ni justification juridique. Ni même un refus assumé.

Ce silence est un choix. Et ce choix a un coût.


Janvier : une saisine enfin actée… mais trop tard


Il aura fallu attendre janvier pour que le Parlement européen saisisse finalement la CJUE sur l’accord Mercosur.

Oui, cette saisine est une avancée. Oui, elle reconnaît qu’il existe un problème juridique sérieux.


Mais il faut le dire clairement : elle arrive trop tard.


Elle arrive après deux ans de colère agricole. Après des mobilisations massives. Après des alertes ignorées.

Et surtout, elle arrive par défaut, faute pour les États, et notamment la France, d’avoir eu le courage politique d’ouvrir ce front juridique plus tôt.


Diviser les syndicats, réprimer les plus dérangeants : une injustice caractérisée


À cette inaction s’est ajoutée une autre faute majeure : le traitement différencié des syndicats agricoles.


Le choix du Premier ministre, de recevoir les syndicats séparément, et non tous ensemble, a envoyé un message clair : toutes les colères agricoles ne se valent pas aux yeux de l’État.


Mais le plus grave s’est joué sur le terrain.

La Coordination Rurale a été confrontée à :

  • un encadrement policier plus dur,

  • des interventions plus rapides,

  • une pression plus forte,

  • une logique de maintien de l’ordre là où d’autres bénéficiaient du dialogue.


Il ne s’agit pas d’un ressenti. C’est un fait.


Les Forces de l’ordre n’ont pas appliqué la même doctrine selon le syndicat mobilisé.

Or, dans une démocratie, l’égalité de traitement n’est pas optionnelle.


Criminaliser une partie du monde agricole parce qu’elle dérange davantage est une faute politique grave.


C’est fracturer encore plus un monde déjà à bout.

C’est transformer une colère sociale en rupture institutionnelle.


Le Mercosur c’est un choix ?


On ne peut pas, d’un côté :

  • exiger toujours plus des agriculteurs,

  • leur imposer des normes toujours plus lourdes,

et de l’autre :

  • ouvrir le marché à des produits qui ne respectent pas ces règles.


Ce double discours est au cœur de la colère agricole.

Et il explique pourquoi le Mercosur est devenu un point de rupture.


Dire ce qui aurait dû être fait


La saisine de la CJUE aurait pu intervenir plus tôt. Je l’ai demandée. Je l’ai écrite. Je l’ai assumée.

L’État a choisi le silence. Puis la gestion tardive. Puis la division. Puis la répression ciblée.


Chez Terragora, je continuerai à porter une ligne claire :

  • défendre les agriculteurs,

  • anticiper juridiquement,

  • refuser que les territoires ruraux soient sacrifiés,

  • et dénoncer sans détour les injustices institutionnelles.


La colère agricole n’est pas excessive. Elle est légitime. Et elle mérite autre chose que des réponses tardives et des traitements à deux vitesses.


Naoual Hamzaoui


 
 
 

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