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Arracher les vignes ou redonner une ambition au vin français ?


Alors que la Commission européenne consulte actuellement les parties prenantes sur l'évolution des dispositifs de suivi des aides accordées au secteur vitivinicole, une question mérite d'être posée : l'Europe souhaite-t-elle accompagner l'adaptation de la viticulture ou organiser sa disparition ?


Cette interrogation n'est pas anodine. Parmi les mesures concernées figure l'arrachage définitif de vignobles productifs. Une réponse présentée comme pragmatique face aux difficultés économiques que traverse une partie de la filière.


Pourtant, quelques semaines plus tôt, à l'Assemblée nationale, le colloque « Donner une ambition au vin français » dressait un tout autre constat. Producteurs, représentants professionnels, chercheurs et observateurs s'accordaient sur un point essentiel : la viticulture française ne souffre pas d'un manque d'avenir, mais d'un besoin d'adaptation.


La consommation évolue. Les attentes des consommateurs changent. Les effets du changement climatique imposent de nouvelles pratiques. Les marchés internationaux se transforment. Mais les solutions évoquées lors de cette rencontre portaient sur l'innovation, l'œnotourisme, la transmission, la modernisation de l'image du vin et la reconquête de nouveaux publics.


Personne ne parlait d'abandon.


Car derrière les chiffres et les hectares se cache une réalité souvent oubliée.

Une vigne n'est pas seulement une production agricole. C'est un paysage.

C'est un patrimoine. C'est un savoir-faire.

C'est parfois plusieurs générations d'efforts, de sacrifices et de passion.


Dans de nombreuses régions françaises, la vigne a façonné les villages, structuré l'économie locale et contribué au rayonnement international de nos territoires. Elle participe à l'identité même de la France rurale.


C'est pourquoi la multiplication des politiques d'arrachage interroge.

Certes, les aides publiques peuvent offrir un soulagement immédiat à des exploitations en difficulté. Mais elles ne répondent pas aux causes profondes de la crise.


Elles rappellent même étrangement le mythe de Sisyphe.

Dans la mythologie grecque, Sisyphe est condamné à pousser éternellement un rocher jusqu'au sommet d'une montagne. Chaque fois qu'il approche de son objectif, le rocher retombe et tout est à recommencer.


Aujourd'hui, certains viticulteurs se voient proposer une aide pour arracher des vignes parfois centenaires. L'aide permet de faire face à une urgence, de rembourser une partie des dettes ou de retrouver momentanément un équilibre financier.

Mais une fois l'argent dépensé, la vigne a disparu.

Le potentiel de production aussi.

Et les difficultés structurelles demeurent.

Le problème est repoussé sans être véritablement résolu.


Pendant ce temps, l'Europe continue d'importer des vins du monde entier tandis que certains de ses propres vignobles disparaissent. Le paradoxe est saisissant.

La question mérite d'être posée : quelle vision portons-nous pour nos campagnes ?


Une politique ambitieuse ne devrait-elle pas prioritairement soutenir l'innovation, la modernisation des exploitations, la recherche sur les cépages adaptés au changement climatique, la promotion des terroirs, la transmission des exploitations et le développement de l'œnotourisme ?


La souveraineté alimentaire et économique européenne ne peut se construire sur une logique de réduction permanente des capacités de production.

Elle repose au contraire sur la confiance accordée à ceux qui produisent, investissent et innovent.


La viticulture française a traversé des siècles d'histoire. Elle a surmonté les crises sanitaires, les guerres, les bouleversements économiques et les évolutions sociétales.


Elle mérite aujourd'hui une ambition à la hauteur de ce qu'elle représente.

Arracher une vigne peut parfois répondre à une situation individuelle.

Mais l'arrachage ne saurait constituer un projet collectif.


La France rurale n'a pas besoin d'une politique de résignation mais d'une politique d'avenir.


Naoual Hamzaoui

 
 
 

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