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De passionnés à régulateurs

Quand le plaisir de chasser disparaît sous la pression du résultat


La chasse a toujours été un moment à part. Un temps pour soi, pour la nature, pour la convivialité, pour la transmission. Un espace de respiration dans des vies souvent rythmées par le travail, les contraintes et les obligations. C’est cette dimension-là qui fait que des femmes et des hommes s’engagent depuis des générations.

Mais aujourd’hui, cette réalité est en train de se transformer.

Le plaisir d’aller à la chasse est devenu, presque malgré lui, une obligation de résultat. Et cette évolution est mal perçue par de nombreux chasseurs.

Non pas parce qu’ils refusent la régulation, ils l’assument déjà , mais parce que la logique imposée n’est plus celle de l’équilibre, mais celle du rendement permanent.


De la passion à la pression


La société attend des chasseurs qu’ils régulent toujours plus : plus de prélèvements, plus d’efficacité, plus de résultats visibles et immédiats. Moins de dégâts, moins d’animaux sur les routes, moins de conflits. Et si ces objectifs ne sont pas atteints, la responsabilité leur revient presque exclusivement.

Cette pression s’est progressivement déplacée sur le terrain, au cœur même des pratiques. Là où la chasse était un engagement volontaire, elle devient parfois une contrainte. Là où elle était un plaisir partagé, elle se transforme en charge mentale, en injonction permanente à “faire le chiffre”.

Pour beaucoup de chasseurs, ce glissement est difficile à vivre. Parce qu’il dénature le sens même de leur pratique. Parce qu’il installe une forme de culpabilisation continue. Et parce qu’il donne le sentiment que, quoi qu’ils fassent, ce ne sera jamais suffisant.


Une pression de chasse devenue excessive


Cette obligation de résultat a un effet direct : l’augmentation de la pression de chasse. Plus de jours sollicités, plus de battues, plus d’attentes sur les épaules des mêmes bénévoles. Or la chasse repose encore largement sur l’engagement volontaire, sur le temps donné, sur la passion.

À force de demander toujours plus, on fragilise cet équilibre humain. Certains se découragent. D’autres se lassent. Et beaucoup ont le sentiment que la chasse n’est plus un moment choisi, mais une réponse imposée à des problèmes collectifs.

C’est un paradoxe : on exige des chasseurs qu’ils soient des régulateurs efficaces, mais on oublie que sans plaisir, sans reconnaissance, sans sens, il n’y aura plus de volontaires.


Les chasseurs ne refusent pas la régulation, ils refusent l’injustice


Il faut le dire clairement : les chasseurs ne rejettent pas leur rôle dans la gestion de la faune. Ils savent qu’ils ont une responsabilité. Ils l’acceptent. Ils s’y forment. Ils l’assument sur le terrain.

Ce qu’ils contestent, c’est d’être les seuls à porter la charge, d’être jugés uniquement à l’aune des résultats, sans considération pour le contexte, pour l’évolution des territoires, pour la pression sociale et médiatique qui s’exerce sur eux.

Ce qu’ils refusent, c’est que le plaisir, la convivialité, la transmission, ce qui fait la richesse de la chasse soient relégués au second plan, comme s’ils étaient devenus indécents face à une société toujours plus exigeante, mais rarement reconnaissante.


Redonner du sens pour préserver l’avenir de la chasse


Si l’on veut que la chasse continue à jouer son rôle, il faut accepter une évidence : la régulation ne peut pas reposer sur la contrainte permanente. Elle ne peut fonctionner que si ceux qui la pratiquent y trouvent encore du sens, de la fierté et du plaisir.

Défendre la chasse aujourd’hui, ce n’est pas nier les attentes de la société.

C’est refuser qu’elles se transforment en pression excessive, déconnectée de la réalité humaine du terrain.

Car une chasse vidée de sa convivialité, de sa passion et de sa liberté n’est plus une chasse durable. Et sans chasseurs engagés, il n’y aura ni régulation efficace, ni équilibre, ni transmission.


Naoual Hamzaoui


 
 
 

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