L’agriculture française : dernier rempart avant la tiers-mondialisation
- naoualhamzaouinh
- 19 déc. 2025
- 4 min de lecture
En France, l’industrie s’est largement désagrégée, le virage du numérique et de l’intelligence artificielle a été manqué, et un nombre croissant d’entreprises tiennent à flux tendu, dans un climat de précarité économique durable. Dans ce paysage productif fragilisé, l’agriculture demeure l’un des derniers secteurs capables d’ancrer le pays dans le réel, les territoires et la souveraineté.
Parler de « tiers-mondialisation » n’est ni une provocation ni un slogan. C’est la description d’un processus de déclassement progressif : perte de capacités productives, dépendance accrue aux importations, affaiblissement des territoires et rupture croissante entre décisions politiques et réalités de terrain. L’agriculture française se trouve aujourd’hui au cœur de ce basculement possible.
Bruxelles, révélateur d’un malaise agricole européen
Le 18 décembre, des milliers d’agriculteurs venus de plusieurs pays européens ont convergé vers Bruxelles pour dénoncer l’accord UE-Mercosur, la gestion des crises sanitaires – dermatose nodulaire contagieuse (DNC), tuberculose bovine – et une politique agricole européenne perçue comme déconnectée du terrain. La présence française y était massive, autour du Parlement européen.
Être dans cette mobilisation, c’est comprendre que la colère dépasse largement un dossier technique ou un traité commercial. Elle exprime une inquiétude profonde : celle d’un monde agricole sommé de respecter toujours plus de contraintes, tout en étant exposé à une concurrence internationale qui ne les subit pas.
Mercosur et crises sanitaires : une même ligne de fracture
L’accord UE-Mercosur cristallise la contestation parce qu’il incarne une contradiction centrale des politiques européennes. Sa signature, annoncée puis reportée à janvier, montre à quel point le dossier est politiquement sensible. Ce report est perçu comme un premier signal, mais il n’efface pas les inquiétudes de fond.
Pour de nombreux agriculteurs, le risque demeure celui d’une ouverture du marché européen à des productions ne respectant ni les mêmes normes sociales, ni les mêmes exigences environnementales que celles imposées aux exploitations françaises, alors même que ces dernières supportent des charges croissantes.
Les crises sanitaires aggravent ce sentiment de fracture. Dermatose nodulaire contagieuse, tuberculose bovine : dans plusieurs territoires, des troupeaux entiers ont été abattus, parfois dans des conditions mal comprises, avec des indemnisations jugées insuffisantes et une communication défaillante. Ces décisions, perçues comme technocratiques, ont profondément marqué les éleveurs concernés et nourri un sentiment d’abandon.
Souveraineté alimentaire : une ambition fragilisée
La loi d’orientation pour la souveraineté alimentaire affirme la nécessité de « sauvegarder et reconquérir » la capacité de la France à produire son alimentation, à maintenir ses filières et à préserver sa surface agricole utile.
L’objectif affiché est clair : réduire les dépendances et sécuriser l’approvisionnement alimentaire.
Sur le terrain, le décalage est patent. Fermetures d’exploitations, difficultés d’installation, prix agricoles insuffisants, empilement de normes sans vision d’ensemble : la promesse de souveraineté se heurte à une réalité de fragilisation continue. Lorsque la production nationale recule, les importations prennent le relais, souvent issues de modèles sociaux et environnementaux que la France dit refuser.
L’agriculture, dernier pilier productif et territorial
C’est ici que l’agriculture apparaît comme un dernier rempart. Non par nostalgie, mais par nécessité stratégique. Elle demeure l’un des rares secteurs capables de maintenir simultanément production, emploi local, entretien des paysages, transmission des savoir-faire et cohésion territoriale.
Dans un pays qui a largement perdu son industrie, raté le virage du numérique et de l’intelligence artificielle, et vu une partie de son tissu économique se précariser, l’agriculture continue d’ancrer l’économie dans le réel. Y renoncer, c’est accepter une France dépendante de cargos pour se nourrir, de capitaux lointains pour exploiter ses terres, et de décisions extérieures pour définir son modèle alimentaire.
C’est cela, la tiers-mondialisation silencieuse : non pas une caricature, mais un déclassement progressif fondé sur la perte de souveraineté productive et la désertification des territoires.
Transformer la colère en stratégie c'est le rôle de Terragora
Face à ces enjeux, la réponse ne peut pas se limiter à des mobilisations ponctuelles ou à des slogans. Ce qui manque aujourd’hui, ce sont des passerelles entre le terrain, le droit et la décision politique.
C’est le rôle que Terragora entend jouer en accompagnant les territoires ruraux ;
en aidant les organisations agricoles, les élus et les fédérations à structurer des positions politiques claires sur le Mercosur, les crises sanitaires et la souveraineté alimentaire, afin de peser réellement dans les débats nationaux et européens.
Une question de choix politique
La mobilisation de Bruxelles l’a rappelé avec force : la question agricole est devenue une question nationale. Elle concerne l’alimentation, l’emploi, l’aménagement du territoire et l’indépendance du pays.
Le report de la signature du Mercosur ne règle rien sur le fond. Il montre simplement que la pression politique existe et peut infléchir l’agenda européen. Encore faut-il que cette vigilance se maintienne.
La France peut encore choisir. Choisir de défendre une agriculture productive, cohérente et respectée. Ou accepter, par renoncements successifs, de devenir un pays qui interdit de produire ce qu’il importe et abandonne ses territoires au nom d’arbitrages déconnectés du réel.
L’agriculture française n’est pas un vestige du passé.

Elle est l’un des derniers leviers pour éviter le déclassement du pays.





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